Feature: L’Interview de la semaine

Interview d’Olivier Perez par Charlotte Pangraz

Bonjour, je m’appelle Charlotte et je suis étudiante en deuxième année d’études de français et latin à l’Université de Manchester. J’ai fait une interview avec Olivier Perez, un des tuteurs dans le département de français, dans lequel il travaille depuis 2003.

Où avez-vous étudié ? 

J’ai fait mes études à l’Université de Brest qui fait partie de l’université de Bretagne occidentale, donc dans l’ouest de la France. J’ai fait des études d’anglais.

Seulement d’anglais ?

Seulement d’anglais en fait parce que même si en Grande-Bretagne on a tendance généralement à étudier deux matières différentes, en France c’est plutôt une seule matière. Mais j’avais la possibilité de prendre des options, donc j’ai choisi le français langue étrangère.

Ça fait déjà une dizaine d’années que je suis à Manchester. Et j’ai commencé à travailler pour l’université ici, celle de Manchester en septembre 2003.

Etes-vous conscient d’une différence évidente entre le mode de vie en Angleterre et en France ?

Il existe certaines différences, absolument. Si on reprend l’idée d’études, les étudiants français, par exemple, retournent généralement tous les weekends chez leurs parents, alors que les étudiants britanniques ont plutôt tendance à rester dans la ville où ils étudient. On pourrait aussi ajouter que les étudiants français choisissent généralement d’étudier dans l’université la plus proche de chez eux. Alors qu’en Grande-Bretagne les jeunes ont tendance à s’éloigner de la maison. Même si je constate qu’aujourd’hui c’est moins vrai qu’il y a quelques années. C’est sans doute dû peut-être aux coûts supplémentaires qui existent aujourd’hui. Mais  je constate que nous avons de plus en plus d’étudiants de Manchester ou des environs de Manchester, ce qui n’était pas le cas il y a cinq ans.

Etes-vous conscient des différences dans votre vie entre la France et l’Angleterre ?

Alors, je peux parler de mon expérience personnelle, je ne sais pas si c’est vraiment objectif car je vis dans une grande ville britannique et je viens d’un petit village en Bretagne, mais c’est vrai que le rythme de vie est très différent. Et même si je compare ce rythme de vie aux villes bretonnes que je connais, comme Brest ou Rennes, je constate qu’il existe certaines différences ici. On a une ville à Manchester qui vit presque 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 avec des magasins ouverts le dimanche, ce qui est beaucoup plus rare en France, surtout dans les petites villes et à la campagne. Donc il semblerait que les Français soient plus attachés à un rythme de vie qui semble aujourd’hui faire un peu défaut en Angleterre, à savoir cinq jours de travail, deux jours de repos. Il semblerait que les rythmes de vie s’accélèrent plus en Grande-Bretagne qu’en France, et qu’en Grande Bretagne la flexibilité prend de plus en plus d’importance alors que les Français restent plus attachés à des journées de repos, fixées à l’avance, le samedi et le dimanche. Peut-être parce qu’ils aiment passer assez de temps en famille. Peut-être que les familles sont plus dispersées en Angleterre. Peut-être que la recherche d’emplois fait que les jeunes ont quitté leur famille relativement tôt. Ça pourrait faire partie des explications.

Etes-vous heureux en Angleterre ?

C’est une question très personnelle, ça. Qu’est-ce que le bonheur ? Je suis satisfait, je dirais.

Mais vous allez souvent en France ?

C’est vrai. Je n’ai jamais vraiment quitté la France. J’y retourne à Noël, à Pâques, pendant l’été aussi. Donc je passe quand même plusieurs semaines par an en France, ce qui a un intérêt particulier pour mon travail puisqu’en tant que tuteur de langue, je pense qu’il faut avoir ces périodes d’immersion totale, le bain linguistique nécessaire afin de ne pas se retrouver détaché de la culture française. Donc à la fois, c’est par plaisir mais aussi, on va dire, par obligation professionnelle.

Et à l’université, à l’école, étiez-vous bon élève ? Avez-vous travaillé dur ?

J’ai fait de mon mieux et ensuite les notes que l’on reçoit sont-elles toujours vraiment représentatives du travail de chacun ? – je ne sais pas – mais, le système français a tendance, dès le début du collège, même la fin de l’école primaire, à juger les élèves, et généralement, j’avais de bonnes notes, mais probablement parce que j’ai passé beaucoup de temps à travailler.

C’est une bonne influence pour nous. Il me semble que vous avez toujours beaucoup d’enthousiasme et de positivité quand vous enseignez. Aimez-vous votre travail ? Qu’est qui vous inspire ?

Qu’est-ce qui m’inspire ? La correction des copies ! Non, tout d’abord, j’aime le contact avec les étudiants. Si on n’a pas le sens du contact, si on n’a pas le goût des relations humaines, je crois qu’on ne peut pas faire ce travail. Ça, c’est la première chose. Ensuite, j’aime enseigner ma langue maternelle, c’est quelque chose que j’apprécie, et je trouve vraiment formidable que des jeunes d’une autre culture s’intéressent à la langue et la culture françaises et francophones. Donc j’ai l’impression de me trouver dans une situation sûrement privilégiée, où j’ai un public de premier choix qui a décidé d’étudier le français ; c’est vraiment très important d’avoir un public passionnant et passionné, ce qui facilite vraiment mon travail. Et, c’est difficile de ne pas arriver avec le sourire quand on travaille avec des jeunes gens qui veulent apprendre, qui sont là parce qu’ils ont décidé d’étudier le français. Je pense que si je donne une impression positive c’est parce les étudiants me rendent cette impression positive et qu’on travaille bien ensemble.

Oui – ça marche ensemble.

Absolument. Moi, je ne crois pas à l’idée de hiérarchie avec le professeur au-dessus de ses étudiants, ça c’est totalement faux. On travaille ensemble, c’est une collaboration.

Particulièrement à l’université.

Absolument. C’est vrai. Nous sommes tous adultes, nous sommes ici parce que nous voulons être ici donc on travaille ensemble, on travaille en collaboration et j’espère que les étudiants ressentent cela et qu’ils se sentent en confiance pour parler et s’exprimer à l’écrit, à l’oral et j’espère qu’ils sont prêts aussi à venir me voir dans le bureau s’ils ont des soucis linguistiques. Les tuteurs sont disponibles chaque semaine pour recevoir les étudiants et ces relations en dehors de la classe sont très intéressantes et fort utiles aussi car parfois on apprend à mieux connaitre les étudiants lors de ces réunions informelles donc durant les heures de visite en particulier.

Parlons de la culture française. Que recommanderiez-vous comme cuisine française ?     

Moi j’aimerais parler de la culture culinaire bretonne, puis que ce sont mes origines, et afin de pouvoir satisfaire tout le monde je recommanderais les crêpes. Car elles peuvent être consommées en plat principal, en tant que plat salé, en dessert, en tant que plat sucré, au petit-déjeuner aussi ; on peut manger des crêpes matin, midi et soir. Certainement avec un verre de cidre, de cidre breton, bien entendu. Ensuite c’est vrai qu’en France, il existe une nourriture très variée. Personnellement, j’aime beaucoup les fruits de mer, pas seulement les escargots, mais les huitres un petit peu, plus les palourdes, les langoustines. C’est vrai que j’ai grandi à une vingtaine de kilomètres de la mer donc nous y allions régulièrement. C’est vrai que les fruits de mer ont toujours fait partie, pour moi, d’un repas de qualité. Donc les fruits de mer et les crêpes sont des plats que je recommanderais à nos étudiants.

Et, est-ce que vous parlez d’autres langues ?

J’ai étudié l’allemand au collège et au lycée. Malheureusement, je n’ai pas vraiment pratiqué l’allemand depuis le baccalauréat, ce qui fait déjà un certain nombre d’années. Je ne donnerai pas plus de précision ! Mais suffisamment d’années pour malheureusement avoir oublié beaucoup de choses, mais j’aimerais un jour faire un stage linguistique en Allemagne et je suis sûr que ça reviendrait progressivement. Je parle aussi un petit peu de breton mais je ne pourrais pas vraiment avoir une conversation, même une conversation générale en breton. Ce sont plutôt des bribes, des mots, des expressions que j’ai pu entendre autour de moi puisque beaucoup de gens de la génération de mes parents parlaient aussi bien le breton que le français. Malheureusement je n’ai pas eu la chance d’avoir cet apport linguistique car dans beaucoup d’écoles en fait on n’apprend que le français.

Et quels pays avez-vous visités, en particulier quels pays francophones ?

Alors, je suis allé en Belgique, je suis allé au Québec. J’ai beaucoup aimé le Québec, la ville de Montréal est vraiment palpitante. La ville de Québec est une très belle ville historique. J’y étais lors des fêtes de la célébration des 400 ans de la ville de Québec. Il y avait beaucoup d’animations, d’activités, qui retraçaient en particulier l’histoire, l’évolution de cette ville depuis sa fondation en 1608. Donc le Québec m’a laissé une super impression. Je trouve l’accent vraiment sublime. Je n’ai pas eu l’opportunité pour l’instant d’aller en Suisse. Je suis allé à Sainte Lucie dans les Antilles. Saint Lucie donc, qui est une petite île tout près de la Martinique où la langue française est utilisée, même si l’anglais domine. Et donc on trouve aussi le créole à part le francais sur l’île, le créole à base de français, plutôt qu’un créole à base d’anglais. Il y a d’autres pays francophones que j’aimerais visiter : le Maroc en particulier.

Pour les étudiants de deuxième année qui sont en train de chercher un emploi en France, avez-vous des conseils ? Avez-vous des recommandations pour le monde du travail en France?

Certainement, je pense que la première étape c’est de se demander « qu’est-ce que j’aimerais faire ? » L’année à l’étranger est une opportunité unique. Il faut vraiment en profiter au maximum. Et pas seulement d’un point de vue linguistique ou culturel mais de développement personnel. Il faut donc vraiment choisir quelque chose qui va nous intéresser en tant qu’étudiants de deuxième année. « Qu’est-ce que j’aime vraiment, qu’est-ce que je voudrais faire ? » Et à partir de là, peut-être que les étudiants peuvent établir une liste de priorités, de domaines de travail qui les intéressent. Ensuite, grâce au travail fait en classe durant le premier semestre à savoir le travail sur les petites annonces, les CV, lettres de motivation, je pense qu’il faut essayer de rechercher en ligne des offres d’emploi et ensuite de donc de poser sa candidature. C’est la première possibilité, répondre à une offre d’emploi existante. Deuxième possibilité, certains étudiants choisissent de poser leur candidature de façon spontanée, ce qui est assez normal, accepté en France, dans le monde du travail. Donc s’il y a une entreprise qui vous attire particulièrement mais qu’il n’y a pas d’offres emploi disponibles, rien ne vous empêche d’envoyer votre CV, votre lettre de motivation et ensuite vous verrez donc comment l’entreprise réagira. Mais je pense qu’il faut vraiment essayer de faire quelque chose qui va vous intéresser, personnellement, et peut-être aussi, si vous avez déjà un plan de carrière, d’essayer de trouver un emploi qui vous donnerait une expérience dans le domaine qui vous intéresse particulièrement ; ce qui vous donnerait un avantage certain par rapport à des étudiants arrivants sur le marché du travail sans expérience réelle dans un domaine particulier. Donc si vous vous intéressez par exemple, je [ne] sais pas, au commerce international, travailler dans une entreprise de commerce international, en pratiquant vos compétences linguistiques en français, en anglais peut-être une troisième langue si vous parlez d’autres langues comme l’allemand, l’espagnol qui sont très répandues dans le monde du commerce, vous aurez certainement un avantage sur des étudiants qui n’auront pas eu cette opportunité.

Et finalement, d’autres conseils pour les étudiants en première année ?

Alors, la première chose vraiment en arrivant à l’université c’est de s’adapter à un mode de vie vraiment différent. On est loin de la maison, donc on doit vraiment se prendre en main. C’est à dire que la responsabilisation de l’étudiant est essentielle. Quand on fait le choix de venir à l’université pour étudier telle ou telle matière, c’est parce qu’on a une certaine ou une réelle motivation. Il faut donc se baser sur cette motivation, sur son désir d’apprendre, sur les choix que l’on a fait, pour se lever le matin, venir en cours, suivre les cours, faire les devoirs, mais au-delà de tout ça, aujourd’hui nous insistons de plus en plus sur le travail personnel. Donc réussir la transition entre le monde du secondaire et le monde des études supérieures, c’est réussir à travailler au-delà du travail donné par l’enseignant. C’est à dire que le professeur va évidemment guider les étudiants mais l’étudiant a aussi besoin d’évaluer ce qui lui manque. L’évaluation des besoins, ensuite l’action, ou les actions à mener. Ensuite on va essayer de réfléchir aux acquis   « Qu’est-ce que j’ai réussi à faire ? Quels progrès ai-je déjà accompli ? » Et une fois qu’on a fait ce bilan, on peut ensuite se donner d’autres objectifs. Mais cela implique un travail régulier, donc la qualité du travail est essentielle, mais la quantité aussi et de façon régulière. La prise en main de l’étudiant dès la première année est essentielle. Et si cette transition n’est pas toujours aisée, pour ce qui est des études, l’étudiant peut toujours contacter ses tuteurs, ses professeurs qui pourront l’aider certainement. Ensuite, pour ce qui est de la transition dans la vie privée, elle se passe généralement de manière plus naturelle.

Merci beaucoup Olivier pour vos réponses.

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